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Interview de Carmen Rodriguez, Co-coordinatrice au Nicaragua.


Quel est le contexte géopolitique du Nicaragua ?

Le cas du Nicaragua est assez spécial, c’est le second pays le plus pauvre d’Amérique centrale et latine après Haïti. Il a vécu une guerre interne il y a environ 30 ans et a réussi grâce à une révolution populaire à mettre fin à une dictature. C’est une république, il s’agit d’une démocratie assez jeune qui date de 1991. Les deux fractions de guérillas continuent à s’affronter, donc il y a toujours quelques tensions. MdM développe ses programmes dans une des régions les plus pauvres du Nicaragua, la région autonome de l’Atlantique Nord qui se trouve sur la côte caribéenne et qui a une frontière commune avec le Honduras. Cette région a la particularité de n’avoir jamais été conquise par les espagnols mais par des pirates anglais, elle est de fait isolée, sa pauvreté est comparable à celle de l’Afrique. La population est assez mixte, elle se compose de personnes indigènes, de descendants d’anciens esclaves ou alors de métis.


Notez-vous des avancées dans le domaine social ?

L’arrivée du parti sandiniste au gouvernement fin 2006,a permis plusieurs avancées notamment au niveau de l’éducation et de la santé, qui sont maintenant gratuits, mais du fait de la pauvreté criante et des besoins très importants de la population, il est très difficile de tout couvrir, d’autant plus que les services restent limités bien que gratuits.


Quels sont les domaines d’interventions de Médecins du Monde au Nicaragua ?

MdM travaille au Nicaragua sur la prise en charge des femmes victimes de violences. C’est en fait du à plusieurs choses, on peut le lier à la culture, à la guerre civile mais aussi en termes de conflits interethniques, et les femmes sont spécifiquement exposées par ce genre de violences. Nous travaillons à plusieurs niveaux, notamment au niveau de la prévention, de la réhabilitation de ces femmes, mais aussi de leur prise en charge et nous promouvons des types de relations non violentes entre hommes et femmes. Pour vous donner un peu le niveau de gravité de ce problème, de tous les délits constatés dans la région où nous travaillons (chiffres de la police en 2005), 43 % des délits représentent des violences faites aux femmes et actuellement nous prenons en charge 50 nouveaux cas de violences par mois.MdM s’engage également dans la lutte contre le cancer du col de l’utérus, effectivement le manque d’accès au service de santé intégral pour les femmes est considéré comme une forme de violence, et donc on essaye d’agir au niveau de la prévention dans ce domaine.


Comment qualifier les rapports de MdM avec les populations locales ?

Au Nicaragua, nous sommes encore très bien accueillis, d’autant plus que nous y sommes présents depuis 80 et c’est vrai que la population reconnait vraiment l’aide que nous apportons. Les femmes en particulier accueillent le projet de façon très positive, il y a peut être plus de réticences du côté des agresseurs, qui n’acceptent pas trop que MdM fasse la promotion des droits des femmes, d’autant plus qu’ils risquent une peine de prison.


Au niveau des autorités locales, peut-on travailler librement ?

Nous travaillons librement, cependant avec le gouvernement actuel qui se déclare très social reste quand même très interventionniste, notamment en s’octroyant un droit de regard pour les projets des ONG. Il s’agit d’une négociation permanente entre MdM et le gouvernement, on est témoin de violations des droits de l’Homme et nous avons mandat de les dénoncer. D’un autre côté le ministère de la santé reste un partenaire très important pour notre projet, il s’agit d’établir une collaboration avec eux et de montrer les violations qu’il existe sur le terrain. On a une relation intéressante avec le gouvernement mais il faut toujours les relancer, maintenir le contact, insister sur certains points, ce qui peut s’avérer laborieux.


Propos recueillis par Guillaume Gomis.


>> Découvrez l’interview intégrale audio de Carmen Rodriguez sur l’antenne de Radio Solidaire, en cliquant ici.


juillet 2010


Nicaragua