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Témoignage de Rizgar Abdul Rizaq, auxiliaire médical en Irak
Suite à l’invasion de l’Irak en 2003, la mission de Médecins du Monde (MdM) s’est davantage concentrée sur la formation au secours médical d’urgence dans tout le pays.
En 2006, l’équipe de MdM en Irak a mis en place des formations axées autour des thématiques suivantes : gestion des urgences, soins de santé mentale et soins de santé maternelle et infantile. L’ensemble des formations, destinées aux professionnels de la santé locaux, étaient dirigées en collaboration avec le ministère de la Santé irakien et le gouvernement régional kurde.
La dernière formation a eu lieu à Erbil, au Kurdistan irakien, en décembre 2010.
L’expérience d’un auxiliaire médical d’Erbil
Rizgar Abdul Rizaq, auxiliaire médical de 37 ans, travaille à Erbil. Déterminé à l’aider à se perfectionner dans le domaine de l’intervention en cas d'urgence, le ministère de la Santé l’a inscrit à la formation « gestion des urgences » de MdM. Il travaille dans une clinique mobile et est bien décidé à améliorer l’accessibilité des soins médicaux aux patients et à leur offrir le meilleur service possible. Toutefois, avant de suivre la formation de MdM, Rizgar éprouvait des difficultés concernant certaines techniques de sauvetage les plus élémentaires, en raison d'un manque de formation continue. La réanimation cardio-respiratoire et l’intubation ne sont que quelques exemples des compétences acquises par Rizgar dans le cadre des séances de formation de MdM, pendant ces deux dernières années. Ces nouvelles aptitudes ont sauvé des vies.
Pour Rizgar, les cas les plus difficiles, ceux qui l’ont le plus touché, sont ceux dus à la violence actuelle en Irak. Les explosions à Mossoul et aux alentours, qui pouvaient survenir un jour sur deux au plus fort de la guerre, ont donné lieu à des centaines d’urgences pendant lesquelles Rizgar est intervenu. Souvent, les blessés avaient besoin d’être soignés à l’hôpital d’Erbil, à 30 kilomètres de là. C’était à Rizgar de les maintenir en vie. Un jour, un jeune homme de Mossoul a été frappé à la poitrine par des éclats d’obus. Rizgar a fait appel à ses compétences d’ambulancier pour appliquer une pression sur la blessure et stopper l’hémorragie jusqu’à ce que le blessé atteigne les urgences de l’hôpital.
Rizgar se sent prêt à transmettre les informations qu’il a obtenu et les compétences qu’il a acquis à ses collègues. Certains de ses pairs ont confié qu’après 25 ans de carrière dans le domaine, ils ne connaissaient pas toutes les techniques enseignées par MdM à Rizgar.
Agir à distance, un défi
Dorothée Frénot, Journal destiné aux donateurs, n°94, mars 2009
FORMATIONS MÉDICALES / Pilotées depuis la Jordanie, les formations de personnel médical en Irak portent leurs fruits, malgré les difficultés liées au contexte local.
Ana Rosa De Lemos Morada, coordinatrice générale, pilote avec son équipe la mission Irak depuis Amman, la capitale jordanienne. L’insécurité persistante dans le pays ne permet toujours pas la présence permanente d’expatriés, et les ONG internationales travaillent avec des équipes locales et en partenariat avec des ONG, irakiennes. Depuis la guerre, plus de 100 travailleurs humanitaires ont été tués en Irak. Avec 2 millions de personnes déplacées dans le pays et une situation de terrain confuse, l’accès aux populations civiles est difficile et l’espace humanitaire restreint.
Former le personnel médical par un soutien à distance
C’est la solution adoptée par MdM. « Mais ce n’était pas un choix, et ce ne peut être que transitoire », prévient Marie-Ange Silicani, responsable de la mission. Actuellement, « il faut toujours travailler en profil bas, sans aucune visibilité pour ne pas mettre en danger les équipes irakiennes sur place».Des sessions de formation de formateurs se déroulent au Kurdistan irakien, dans le nord de l’Irak, puis la coordination et le suivi avec les partenaires locaux s’organisent par téléphone, Internet et des visites ponctuelles, mais de plus en plus régulières en Irak. Depuis 2006, près de 1 600 personnes de la population générale ont été formées aux « gestes qui sauvent », et plus de 200 sagesfemmes ont pu approfondir leurs connaissances. Un bilan assez positif dans un pays qui manque cruellement de personnel médical : sur 34 000 médecins avant la guerre, il en reste 9 000. Depuis 2003, près de 10 000 ONG irakiennes ont vu le jour : un grand pas en avant pour le développement de la société civile. « Certaines d’entre elles ont su gagner la confiance de la population en appliquant des principes d’indépendance et d’impartialité vis-à-vis des diverses communautés religieuses. » Depuis quelques mois, les indicateurs de violence dans le pays ont considérablement diminué, mais l’équipe sait qu’il faut rester prudents : la situation reste fragile et les tensions peuvent se raviver à tout moment.
Notre action sur place
Avec 8 millions d’Irakiens en besoin d’assistance humanitaire, MdM s’est installé à Amman en 2006, après avoir quitté un pays en proie à une grande insécurité en 2004. Trois programmes ont été mis en place : des formations aux premiers secours pour la population générale ; des formations des sages-femmes qui réalisent des accouchements à domicile, les femmes enceintes ne pouvant rejoindre les centres de soins pour accoucher en raison de l’insécurité ; un projet pilote d’intégration de la santé mentale dans les soins de santé primaires, un immense besoin en Irak en raison des nombreux troubles psychiques constatés après des décennies de régime autoritaire, de guerres répétées, et avec la persistance de la violence.
Dorothée Frénot
Journal destiné aux donateurs, n°94, mars 2009
En chiffres :
- Population : 28,5 millions
- Taux de mortalité : 5 ‰
- Enfants irakiens souffrant de malnutrition : 28 %
- Nombre de médecins : 4 pour 10 000 habitants
- Nombre d'infirmiers : 6 pour 10 000 habitants
- Personnes déplacées en Irak et dans les pays frontaliers : 4 millions
