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En France

Observatoire de l’accès aux soins de la mission - Rapport 2010

L’année 2010 restera pour l’accès aux soins en France une étape supplémentaire dans la stigmatisation et le rejet des plus vulnérables.

L’année 2010 restera pour l’accès aux soins en France une étape supplémentaire dans la stigmatisation et le rejet des plus vulnérables. Au contexte de crise économique mondiale, qui se traduit en France par une recrudescence du chômage, des emplois précaires et du surendettement, et qui accentue les inégalités sociales en matière de santé, s’ajoutent des réponses publiques souvent plus sécuritaires que sociales. En témoignent la fréquence des expulsions des lieux de vie sans proposition de relogement et la remise en question de dispositifs tels que l’aide médicale d’État (AME) et le droit au séjour pour les étrangers gravement malades.



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Observatoire - Rapport 2010

L’Observatoire de l’accès aux soins a été créé par la mission France de Médecins du Monde en 2000 pour témoigner des difficultés d’accès aux soins des personnes en situation de précarité.

C’est un outil essentiel de connaissance des populations rencontrées par les équipes de Médecins du Monde permettant de faire le lien entre leurs conditions de vie, leur environnement, leurs droits et leurs problèmes de santé, d’observer les discriminations dans l’accès aux soins, les dysfonctionnements des dispositifs, mais aussi les expériences positives. Il contribue à enrichir la connaissance des populations vulnérables en France, par ailleurs largement ignorées par les statistiques officielles françaises de santé publique : les données portent sur un nombre important de personnes sans domicile fixe ou vivant avec un statut administratif précaire sur le territoire.

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INTRODUCTION

L’année 2010 restera pour l’accès aux soins en France une étape supplémentaire dans la stigmatisation et le rejet des plus vulnérables. Au contexte de crise économique mondiale, qui se traduit en France par une recrudescence du chômage, des emplois précaires et du surendettement, et qui accentue les inégalités sociales en matière de santé, s’ajoutent des réponses publiques souvent plus sécuritaires que sociales. En témoignent la fréquence des expulsions des lieux de vie sans proposition de relogement et la remise en question de dispositifs tels que l’aide médicale d’État (AME) et le droit au séjour pour les étrangers gravement malades.

Dans ces conditions, les centres de Médecins du Monde ne désemplissent pas. Le nombre de consultations médicales a augmenté de plus de 10 % en 2 ans. Les équipes mobiles multiplient leurs interventions auprès de publics qui ne se rendent pas dans les lieux de soins et dont les besoins vitaux les plus élémentaires – avoir un toit, un accès à l’eau potable et à la nourriture – ne sont pas satisfaits. Près de la moitié des patients vus en consultation en 2010 nécessitent une prise en charge d’au moins 6 mois. Ces personnes accèdent de plus en plus difficilement au système de soins ou n’arrivent pas à faire valoir leurs droits à la couverture maladie sans une aide préalable. En conséquence, prêt d’un quart des personnes ont eu recours aux soins de façon tardive, phénomène en nette hausse par rapport aux années précédentes. Les enfants, dont la fréquentation dans nos centres reste importante cette année (près de 12 % des patients), n’ont toujours pas accès, pour bon nombre d’entre eux, à la vaccination ni même à une simple couverture maladie.

L’année 2010 a aussi été marquée par la dégradation significative des conditions de logement des personnes rencontrées, dans un contexte de crise de l’hébergement d’urgence, accentuée en 2011 par la baisse des subventions et, par voie de conséquence, du nombre de places disponibles, qui laisse à la rue de nombreuses familles et des personnes malades. De même, le constat récurrent d’un déficit de logements pérennes doublé d’un manque d’accompagnement médico-social adapté pour répondre à la diversité des parcours de vie et des besoins des personnes à la rue est plus que jamais d’actualité.

La crise du dispositif d’accueil des demandeurs d’asile s’amplifie, en dépit des obligations de la France de leur garantir des conditions d’accueil décentes.

Les étrangers, qui représentent la grande majorité des patients de MdM, doivent désormais faire face aux nouvelles stratégies de la politique migratoire. De manière déterminée, celles-ci visent désormais à les dissuader de rester sur le territoire français, quitte à mettre en danger leur vie et à stigmatiser davantage certaines communautés, au plus grand mépris des principes de santé publique et des droits humains fondamentaux.

En effet, en 2010, les expulsions massives de familles roms de leurs lieux de vie sans solution de relogement, rendues plus visibles après le discours de Grenoble, se sont poursuivies, avec une peur exacerbée pour cette population, alimentée par des intimidations répétées et des procédures de renvoi vers les pays d’origine. Ces expulsions massives ont conduit à des ruptures de traitement pour des patients atteints de maladies chroniques telles que la tuberculose, ainsi qu’à l’interruption de campagnes de vaccination contre la rougeole, alors que l’épidémie est aussi de retour en France en population générale. De la même manière, le harcèlement et les renvois de migrants se sont intensifiés, notamment à Mayotte. À Calais et Dunkerque, les forces de police n’hésitent pas à entraver l’intervention des acteurs humanitaires et sociaux : elles procèdent à des arrestations à proximité des lieux de consultation et de distribution de vivres et détruisent le matériel de première nécessité délivré par les associations aux personnes pour les protéger des intempéries et du froid.

Le climat instauré entraîne de fait une absence de recours à la prévention et aux soins, avec pour effets des ruptures de soins et la relégation accrue des populations dans des lieux retirés où il est plus difficile pour les équipes de leur venir en aide. Ce sont les mêmes effets provoqués par la loi de sécurité intérieure que constatent les équipes de MdM qui travaillent dans le champ de la réduction des risques auprès des personnes se prostituant.

Pour contraindre davantage l’accès aux soins de ces populations, l’aide médicale d’État a été remise en question dans le cadre de la loi de finances pour 2011. L’augmentation récente des coûts de l’AME, mise – à tort – sur le compte d’abus des bénéficiaires par certains parlementaires de la majorité et le gouvernement, a servi de prétexte pour faire voter des modifications rendant le dispositif quasi-inaccessible pour une partie de la population : droit d’entrée de 30 euros, entente préalable des caisses primaires d’assurance maladie pour les soins hospitaliers jugés coûteux et réduction du panier de soins. Or, les personnes rencontrées par les équipes de Médecins du Monde vivent dans une logique de survie, loin des préoccupations de chirurgie esthétique et de fécondation in vitro qui ont pu être évoquées lors du débat parlementaire. Le jour même de la promulgation de la loi de finances, un rapport des Inspections générales des finances et des affaires sociales, rapport non rendu public pendant les débats parlementaires, venait étayer les arguments de Médecins du Monde et de ses partenaires associatifs, mais aussi des professionnels de santé au travers du Conseil national de l’ordre des médecins, de syndicats de médecins ou des sociétés savantes, qui se sont mobilisés contre ces décisions. Ces modifications sont absurdes, contraires aux enjeux de santé publique, financièrement contre-productives, socialement injustes et discriminatoires.

De même, malgré une importante mobilisation allant également bien au-delà des associations de défense des étrangers, le droit au séjour des étrangers gravement malades résidant en France a été démantelé par la loi sur l’immigration promulguée en juin 2011. Les étrangers malades pourront désormais être renvoyés dans leur pays d’origine dès lors que le « traitement y est présent », sans forcément être effectivement accessible. Peu importe que le traitement ne soit pas en quantité suffisante, qu’il soit hors de prix, qu’aucun suivi médical ne soit possible.

Dans ce contexte de crise économique et sociale, les équipes de Médecins du Monde continueront d’intervenir en France auprès des populations les plus précaires. Elles défendront une conception humaniste de l’accueil et du soin basée sur un système de santé solidaire. Elles dénonceront les effets collatéraux et l’impact délétère des impératifs sécuritaires sur les enjeux de santé publique.

Résumé du rapport

Octobre 2011