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Haïti : Deux mois après le séisme
L’affluence dans les cliniques mobiles que Médecins du monde a installées dans six camps de déplacés est d’autant plus grande que près des trois-quarts des 3,9 millions d’habitants de Port-au-Prince n’avaient pas accès aux soins avant le séisme.
| L’affluence dans les cliniques mobiles que Médecins du monde a installées dans six camps de déplacés est d’autant plus grande que près des trois-quarts des 3,9 millions d’habitants de Port-au-Prince n’avaient pas accès aux soins avant le séisme. |
«Docteur blanc ! docteur blanc !». Dès son arrivée au camp d’Automeca (le site était, avant le séisme, un dépôt de voitures), près de l’aéroport de Port-au-Prince, Jean-Pierre Lhomme, coordinateur médical de MDM, est entouré par une dizaine d’enfants. Le « docteur blanc » progresse dans le camp jusqu’à la tente de Médecins du monde. «Si vous êtes malades les enfants, c’est là qu’il faut venir… Là, sous cette tente, il y a des docteurs », leur répète-t-il. Dans le camp, des travailleurs sociaux et des animateurs locaux passent du temps auprès des déplacés. Leur rôle est essentiel. À travers des messages de prévention «criés» et des animations pour les enfants, ils informent de la possibilité de venir consulter à la clinique MDM
ACCÈS AUX SOIN
Il est 9h du matin dans le camp d’Automeca et des dizaines de personnes attendent d’être enregistrées. Munis de la carte de santé que l’on leur a délivrée, les patients sont ensuite vus en consultation. Magalie Joseph vient pour la deuxième fois. Sa fille, Faïma Kenya Toussaint, deux ans, est toujours grippée. «On m’a donné des médicaments, la fièvre est passée, mais elle n’est toujours pas bien et tousse», explique-t-elle. Faïma et sa maman entrent dans un espace à l’abri des regards. Le Dr Cassandra François examine la fillette. «Rien de grave, rassure-t-elle. Continuez à la faire boire beaucoup et je vais lui donner un expectorant.» Pas de sirop en stock à la clinique mobile. Magalie repart avec une prescription, elle devra aller chercher le médicament à l’hôpital Bernard Mevs, où sont aussi envoyés les patients ayant besoin de radio, d’une chirurgie…
«J’essaie d’hydrater Faïma, mais nous n’avons pas suffisamment d’eau ou de jus de fruits, avoue Magalie. Et pour le médicament, il faudra payer.» La gestion du stock de médicaments s’avère compliquée. «La semaine dernière, nous avons eu une rupture de stocks, explique Jean-Pierre Lhomme. Nous essayons de faire passer le message d’une médicamentation moins systématique. Cette demande de consommation de soins importante est tout à fait compréhensible. On a affaire à une population à qui l’on propose soudainement une facilité d’accès aux soins, de surcroît gratuite. Jusqu’à présent ici, l’accès aux soins était très restreint, difficile, voire impossible pour la majorité des habitants de Port-au-Prince. La réponse médicale était essentiellement privée et donc coûteuse. Les paiements directs qui existent aussi dans le secteur public pour les consultations, les médicaments, les analyses de labo… supprimaient la demande de soins, excluant les populations pauvres, c’est-à-dire les trois-quarts des habitants. Le séisme a aggravé la situation. Le fonctionnement de nos cliniques mobiles pourrait, au-delà du service médical rendu immédiat dans le contexte actuel, devenir une base de l’intérêt de la démonstration de la gratuité au moins pour une partie de la population, c’est-à-dire les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans, ainsi que les handicapés dus au tremblement. »
LA FORMATION
Dans un coin de clinique mobile du camp Automeca, Violaine détaille à Mamita toutes les étapes pour mesurer l’état nutritionnel d’un enfant : poids, mesures, pose du bracelet pour le périmètre brachial. «Haïti compte de nombreuses infirmières qualifiées et de jeunes médecins formés à Cuba. Dans l’esprit du mode d’intervention de Médecins du Monde, le staff national organise et fait fonctionner les six cliniques mobiles installées à Port au Prince. Mais pas question que les expats se substituent au personnel local. Ils sont là en soutien. »
| Le volet chirurgical a été la réponse immédiate au séisme. Les équipes de Médecins du Monde ont opéré à l’hôpital général universitaire de référence de Port-au-Prince dans des conditions difficiles. 800 interventions ont été pratiquées. L’activité chirurgicale s’est terminée le 22 février. «Depuis,des contacts réguliers permettent d’évaluer les besoins et de proposer des réponses pragmatiques», note Jean-Pierre Lhomme. Deux mois après le séisme, des cliniques mobiles continuent de fonctionner sur six sites abritant entre 8000 et 10000 personnes : Solino, Carrefour-Feuilles, Saint Michel cent fil, cité Saint-Georges, AFCA et Automeca. Les équipes travaillent six jours sur sept de 9 h à 13 h avec des médecins locaux sur les soins médicaux primaires : diarrhées, infections pulmonaires, grippes… et s’emploient à surveiller l’émergence d’épidémies. Elles traitent chaque jour entre 100 et 150 personnes. La santé reproductive (gynécologie, prénat et postnat) est particulièrement importante. Tout comme le suivi des patients dans la durée et une prise en charge des troubles mentaux suite au traumatisme du séisme.
Et ensuite ?
Deux autres volets sont en cours d’élaboration, le dépistage nutritionnel (pour lequel le personnel médical local est en cours de formation) et la vaccination (systématique pour les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes, en fonction de l’évaluation pour les adultes). «Nous tentons d’organiser nos estimations d’épidémies pouvant survenir à la saison des pluies. Mais, même si les conséquences premières du séisme sont derrière nous, nous sommes toujours dans une logique d’urgence, en raison des conditions très difficiles d’intervention et parce qu’ici, tout peut se passer», précise Jean-Pierre Lhomme, coordinateur médical. |
